Kevin Leroy, développeur VFX : « Toutes les semaines, je reçois des offres d’emploi ! »

Kevin Leroy, développeur VFX
A peine la vingtaine et déjà le meilleur pour ce développeur VFX !

Kevin est du genre geek. De ces personnes qui préfèrent chater que papoter, maniant le code comme leur langue maternelle. Un de ces jeunes qui ne pourrait calculer le nombre d’heures passées devant  l’ordinateur… en une semaine ! Une passion frisant l’addiction, qui a pu inquiéter les siens.

 

Kevin Leroy a 23 ans et vient de quitter Montréal. Ce jeune adulte a désormais presque une vie de globe-trotter. Et pourtant, assidu aux écrans sous toutes leurs formes, rien ne le prédestinait à être prisé par les plus grosses boîtes de la planète. Son parcours est pourtant celui d’une vocation. D’un rêve qui aurait pu faire rire ceux qui le côtoyaient il y a quelques années à peine. La success story d’un jeune artiste, qui a dû s’affranchir de son pays pour être reconnu à l’autre bout du globe. Et qui aujourd’hui, a déjà travaillé Riot Games, l’un des plus prestigieux studios de création de jeux vidéos. Retour sur cet enfant prodige qui n’a pas fini de nous étonner.

Comment a débuté votre histoire d’amour avec les ordinateurs ?

Kevin Leroy : Mon père m’a mis devant le PC dès que j’avais 2 ans, tandis qu’à 4 il me montrait le logiciel Point. Vers 7 ans, j’ai commencé à me plonger dans les jeux vidéo. Mes parents ont divorcé et m’ont acheté la toute première Playstation.
J’ai d’abord joué sur la console et ensuite, j’ai préféré le jeu sur PC. Comme ma mère était assez protectrice et ne voulait pas trop que je sorte, j’avais tendance à me déconnecter en jouant à l’ordi.

Vers 12 ans, j’ai découvert que je pouvais réellement faire de l’art sur l’ordi. Mon père connaissait un peu Photoshop, j’ai emboîté et petit à petit, c’est devenu une passion. Après j’ai découvert l’univers de la 3D, j’ai joué à Carrara 3D, Particul Illusion (effets spéciaux), je m’y suis lis de façon active avec Maya.

« C’est difficile de percer en Belgique car il n’y a pas de studios spécialisés »

Comment avez-vous appris votre métier ?

Après les humanités, j’ai entamé un cursus en infographie à la Haute Ecole Albert Jacquard à Namur. C’est une des seules écoles en Belgique où l’on peut apprendre le jeu vidéo à un prix correct, je crois que le minerval tourne autour des 300 €. Les profs viennent du milieu de l’industrie et savent de quoi ils parlent. Ils nous donnaient pas mal d’exercices et ce qu’il faut de théorie. 90% des gens doublent la 2e année, mais j’ai la chance d’être parmi ceux qui ont réussi.

En dernière année, il fallait réaliser un jeu vidéo complet. Disons que ça ne fonctionne pas comme dans une école classique : les élèves ne s’attendent pas à recevoir les explications des profs, ils doivent les chercher eux-mêmes en ligne. C’était un sacré challenge mais j’ai aimé ça !

En début de 3e, j’ ai participé à un concours en ligne et j’ai créé des effets spéciaux pour un jeu. Je n’ai pas gagné mais j’ai été repéré par un employeur qui m’a dit “viens bosser chez moi après tes études”.

C’est comme ça qu’à peine mon diplôme en poche, je me suis envolé pour Fabio, en Italie, où j’ai commencé à travailler pour Rimlight Studios. C’est la première fois que j’ai déménagé. Je fais de la VFX (ou des effets spéciaux) pour le jeu tels que des effets de magie, tirs d’arme etc. C’était un très petit studio donc je devais aussi faire pas mal d’autres choses comme écrire des trailers, du marketing dans un bureau (Cartania). J’y suis resté environ 1 an. Le projet de base était fini mais ils n’ont pas trouvé d’investisseur.

Il faut dire que presque toutes les semaines, je reçois des offres d’emploi dans ma boîte mail, sans doute parce que ce que je fais est très spécialisé. C’est comme ça que j’ai relancé Gameloft -à qui l’on doit par exemple Dungeon Hunter, Gangstar, Modern Combat… – lorsque j’ai appris que mon studio fermait. Et ma candidature a été acceptée ! Je suis donc parti pour le Canada, faisant un crochet par la Belgique, le temps de recevoir le Visa.

Aujourd’hui, quel est votre rêve ?

Mon rêve était de travailler pour Riot Games, qui a notamment sorti le jeu “Leagues of Legends”. Malgré le fait que cette société semblait énorme et inaccessible, en 2016, j’ai envoyé mon CV. Ils m’ont rappelé et j’ai fait un test artistique. Le résultat a dû être concluant parce qu’ils m’ont mis sous “mentorship” – un parrainage, si vous voulez – avec une de leurs artistes. Je suis ensuite parti à Los Angeles pour faire près de 6 interviews. La réponse est tensuite ombée : oui, ils m’acceptaient ! Pour l’instant, j’effectue les dernières démarches et ensuite je bouge pour la Californie !
C’est vrai que c’est une spécificité du métier : c’est difficile de percer en Belgique car il n’y a pas de studios spécialisés. On est obligé de bouger !

On peut dire que vous êtes un un geek. Estimes-tu avoir dépassé certaines limites dans ta façon de gérer ces technologies ?

Tout d’abord, je n’ai jamais été fasciné par le dark web, donc je ne me suis jamais aventuré là-dedans. Par contre, vers mes 16 ans, j’ai parfois joué jusqu’à 16h par jour ! J’ai eu une grosse phase “World of Warcraft”, qui est un jeu MMORPG, c’est à dire un jeu en ligne avec énormément de personnes qui sont connectées en même temps.Avec le recul, j’ai l’impression que c’était une manière de m’échapper et de vivre une meilleure vie. D’ailleurs, au fil des mois, je m’y suis fait des potes.

Le point négatif, c’est qu’à cette période, je n’ai pas beaucoup évolué dans mon art, ce n’était pas vraiment le moment le plus productif de ma vie. Finalement, j’ai réduit ma consommation vers la rhéto, quand l’école est devenue plus exigeante.

Quelles étaient les règles avec les écrans à la maison ?

Du côté de ma mère, il n’y en avait pas vraiment. Par contre, quand j’ai eu 18 ans, et que je suis entré à la Haute école, elle a limité l’accès à l’ordinateur à 2h par jour.

Du côté de mon père, je pouvais rester jusqu’à 22 heures devant le PC. Et je devais aussi m’impliquer pour passer du temps en famille. Bon, c’est vrai qu’à côté de ça, j’avais toujours un smartphone ou une tablette pas loin de moi…

J’avoue que j’ai beaucoup de mal à être déconnecté !

Aujourd’hui, j’essaie vraiment de m’imposer une auto-discipline et de sortir au moins une bonne vingtaine de minutes par jour, même si rien ne m’y oblige.

« A côté de ce qui est en ligne, il faut absolument entretenir une passion »

Quels sont les conseils que vous donneriez aux parents face à l’utilisation d’internet au sein de la famille ?

J’en aurais principalement deux :

  • ne pas diaboliser l’ordinateur : parce que si un enfant passe beaucoup de temps devant un PC, c’est parce qu’il trouve peut-être une façon différente pour lui de s’extérioriser.
  • trouver le juste équilibre entre imposer des barrières et laisser un peu de liberté : poser des règles pour le vivre-ensemble, c’est important. Mais il faut aussi que l’adolescent puisse faire son chemin connecté.

Et que conseilleriez-vous aux enfants ?

  •  On ne s’en rend pas toujours bien compte mais oui, l’école c’est important, et il ne faut surtout pas laisser ça de côté. C’est ce qui permet de se donner toutes les chances de réaliser son rêve par après !
  • A côté de ce qui est en ligne, il faut absolument entretenir une passion. La vie ne doit pas se limiter à celle qu’on a en face de son ordinateur. De mon côté, j’ai toujours eu à côté le dessin, l’écriture.

Par rapport à la violence de certains jeux en ligne, quels points de vigilance doit-on avoir ?

Kevin Leroy : Je dirais qu’il ne faut jamais laisser ses identifiants Facebook ou réseaux sociaux aux premiers venus. Certaines relations peuvent se tisser, mais c’est alors vraiment au fil des mois…

Il y a aussi énormément d’insultes. C’est pour ça qu’il ne faut pas laisser des enfants trop jeunes sur certains jeux. Il faut avoir l’âge de pouvoir d’ignorer ces violences verbales.
Pour prendre un cas précis, on peut dire que “League of Legends” est un jeu toxique : c’est un jeu en équipe où, si ça ne se passe pas comme désiré, on insulte les autres. Il faut être en mesure de pouvoir ignorer ce côté, avancer et opter pour le renforcement positif, c’est-à-dire, le fait d’encourager les partenaires plutôt que de les descendre.

Vous qui connaissez si bien la violence de certains jeux. A partir de quel âge peut-on laisser sereinement un enfant dessus ?

Je dirais que pour des jeux comme Grand Theft Auto (GTA), Assassin’s Creed, Résident Evil… il faut environ 16 ans. Avant, je dirais qu’on est pas assez stable pour affronter cet univers. Il ne faut pas non plus oublier qu’aujourd’hui les jeux sont très réalistes, et qu’on pourrait plus vite avoir tendance à confondre la réalité et le jeu.

Comment abordez-vous internet avec vos petits frères ?

C’est un peu le seul sujet de conversation qu’on avait à la maison ! Et aujourd’hui, dès qu’ils ont un exposé à présenter, ils me le consacrent !
En fait, l’ordi est un véritable loisir familial. Mes frères me montrent ce qu’ils font à Minecraft et on passe pas mal de temps à jouer. On ne peut nier la dimensions artistique qu’ont certains jeux.
Et puis, force est de constater qu’à la maison, l’ordinateur était objet de partage et d’intérêt commun.

 

Pour en savoir plus sur le parcours de Kevin Leroy, filez sur sa chaîne Youtube Sirhaian’Arts VFX Artist. Découvrez-y les techniques et effets créés par cet artiste du web !

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